Je vous vois, errante parmi les flots
amputée du signe et du sel
hélant cette poussière de mer
fille nubile, bafouée bien avant les noces
tenir dans cet espoir d’airain
cette falaise nouée à son aurore
jetée comme boues sur la glaise et
cadavres hurlants dans
l’amoncellement des pierres
Je vous vois, dressée sous les décombres
surgir de la torture, du massacre
blême sur le port, attendre l’aube
les mains offertes, le pain nécessaire
rétive aux mains des fossoyeurs, perdue
dans les bras du cyclone, blessures
sur balafres, épouser les tremblements
du sol, la déchirante nuit, l’écho
d’une tendresse qui ne vient pas
ô, mon île, ma désirée, mon flanc
qui se couche avec vous contre
la plus belle arche et cette odeur d’exil
Je vous vois, comme l’espoir d’une arme
d’une lame tendue dans ce corps à corps
de la vie qui s’éteint, se ranime
ô, mon île chantée, je vous épouse
avec panache, baise vos lumières
et panse vos plaies
quand les épidermes rejoignent le volcan
l’anse d’un sommeil, qu’une légende
colle à la peau, je vous vois renaissante
et belle, fruitée ; greffée du fond de la nuit
aux sampans, aux barques qui grésillent
s’éloignant de la côte et posant leurs filets
sur les chants d’allégresse ; rire sur les déserts
le cérémonial des femmes, leurs robes assoiffées.
Jeanine Baude









