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Tu seras un homme mon fils…

Je sais, des horreurs tu en prends plein les images

Et, chaque jour des misères presque ordinaires

Apparaissent comme des mirages de pauvres faits-divers

Qui ne méritent pas la une des journaux

Qu’on jette négligemment dans les poubelles du métro…

C’est d’une de ces  misères-là dont je veux te parler aujourd’hui

S’il te plait assieds-toi et pose ton MP3

Donne-moi deux minutes seulement de ton temps

Pour te parler d’un côté de la vie dont on ne parle pas souvent…

Je veux te parler, mon cher fils, d’une violence infâme

De la violence faite aux femmes.

Cette violence que la plupart du temps on ne voit pas…

S’il te plait ne te lève pas ! pas maintenant, écoute-moi !

Tu sais que je ne suis pas une leçon de morale

Alors écoute-moi pour cette fois !

Pas évident je sais, et pourquoi surtout aujourd’hui ?

Tout à l’heure tu comprendras…

C’est cette violence-là, la plupart du temps

Qu’on n’entend pas, qu’on ne dit pas :

La faute à pas de chance ! tout est dit

Et  c’est comme ça !

Même que parfois les nanas ne sont pas aussi innocentes que ça…

Cette violence, confinée au foyer

C’est la honte des femmes elles-mêmes

De s’être laissé abuser par un mariage de conte de fées.

Mais même les princes charmants

Peuvent parfois se laisser emporter !

Et on se laisse convaincre que c’est la dernière pinte

Qu’un bouquet de fleurs, un pardon

Que la faute au malheur et que la même chanson…

Tu seras bientôt un homme mon fils

Je veux te raconter cette trop longue histoire triste

Qui a fait des femmes des corps  meurtris

Coupables du privilège de donner la vie !

Je sais ça paraît dingue comme ça

Mais y’a des choses qu’on ne s’explique pas

Et chaque mois, la régulation-même du cycle de la fécondité

A été considéré  comme une impureté ou une pollution !

Une pure invention sortie de la tête des hommes ?

Ça paraît tellement débile qu’on n’y croit pas

Et pourtant c’est comme ça !

Et le reste qui suit :

Le mâle qui se méfie de la nature féminine

Au point d’enfermer les gamines

Pour « protéger » leur sacrée virginité !

Et c’est comme ça qu’une moitié de l’humanité

De toute éternité

S’est  méfié de l’autre moitié

Sans se demander ce qui ne colle pas…

Et quand ça ne suffit pas

La méfiance rime avec la violence !

Cette trop longue histoire des femmes

Est aussi celle des punitions

Et des  violations des droits les plus élémentaires

De tout être vivant…

Epouse, mère et célibataire

A la fin de la guerre

La femme est devenue la putain du soldat

Qu’on jette par terre

Après emploi.

A Troie, en Bosnie, au Rwanda

Tous ces butins survivants mais sans voix

S »abandonnent au désert, à la solitude…

L’habitude, mon gars, c’est l’habitude !

Une habitude d’autant plus délirante

Que c’est comme ça, par la beauté violée

Que les soldats croient prendre leur pied…

Tu seras bientôt un homme mon fils

Et si je t’emmerde avec mes conneries

De vieux bonhomme aigri

C’est que je souhaite que mon fils que j’aime

N’ait plus le même regard sur la fille d’à côté

Et son oeil au beurre noir

Et qu’ensemble on cesse d’ignorer les tournantes dans la cité

Et surtout… je voulais t’expliquer

Pourquoi  ça fait dix ans aujourd’hui

Que ta mère a décidé  de nous quitter

Sans avoir délibérément choisi d’abandonner son enfant…

Ça fait si longtemps et je n’ai rien oublié

De nos derniers instants si violents…

Tu seras bientôt un homme mon fils

Et j’aimerais tellement

Que tu voies le corps des femmes autrement

Que celui que j’ai connu quand j’étais adolescent

Que tu puisses les approcher comme ce qu’elles sont vraiment

Dans leur corps et dans leur âme de femmes

Loin des clichés de la publicité

Et ces viols simulés sur le Net

Que je suspecte de n’être pas toujours simulés…

Alors peut-être, avec ce nouveau regard de découverte

Ce regard neuf

Tu pourras fonder avec un être différent de ce que tu es

Une relation de confiance, fondée sur le respect

Et, loin de toute défiance,

Vous vous mettrez peut-être à parler d’amour

Et même que ça pourra rimer avec toujours…

Alors, grâce à ce respect

J’ai l’espoir de penser que  tu seras devenu un homme mon fils

Un vrai de vrai !

Michel Narbonne
archeo-surrealisme.com

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Les Hôtes

J’appelle ma terre

ce village prodigue en sourires d’enfants,

la tente où j’ai bu le thé vert,

la baie qui vit partager une maigre pêche.

J’ai dormi dans le hamac tendu pour moi

entre les tamarins

et sur la paillasse de bouzak1

au bivouac des bouviers.

Ils m’ont offert le riz rouge

avec ses brèdes amères,

ils m’ont enseigné

à recueillir l’eau du ravinal2.

J’appelle sœur

la vendeuse qui m’offrit en riant

sa goyave au marché.

J’appelle frère

le vieux noble à turban tendant son narguilé.

Je suis chez moi

quand le balafon appelle à  la fête

le shofar à la prière

et l’oud à l’amour.

J’aime arpenter toute terre

où l’on appelle l’étranger

« celui-qui-va-devenir-un-ami3 ».

Jean-François HÉROUARD

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Slam

Je sais, j’ai quand même pas été un modèle du genre

sûr ! la nature c’était pas dans ma nature

c’est pas dans les vieilles caisses désossées

qu’on apprend à trier ses déchets !

tout petit poucet d’une zone

que les administrateurs ont décidé

d’appeler « ville » sur le papier

on  joue au plus débile

pour impressionner les filles

et les mômes du quartier

quand on arrive tout juste

à faire trembler les squelettes

des derniers  taxiphones

on te dit « qu’est-ce t’as dans la tête ?

tu ferais mieux de faire des projets

ce serait quand même moins bête

que de caillasser les pompiers

qui essaient d’arrêter l’incendie d’à côté ! »

…

Moi, je ne sais pas si ton nom c’est « Destin »

mais un jour tu m’as pris la main

après une soirée d’enfer

arrosée à  la bière

chien bâtard sans collier

avec juste un numéro sur le côté

tu m’as posé comme un gland

dans un immense champ de blé

mais le champ était trop grand

pour le petit poucet

et les panneaux qui t’accueillent

avec des « essais transgéniques »

et des « attention aux flics ! »

te mettent vraiment les glands

et puis les barbelés pour ruminants

qui passent le temps en s’engraissant

pour leur ultime moment

c’est pas l’extase en attendant

…

Alors tu m’as traîné au petit jour

jusqu’à l’immense océan

mais décidément c’était pas mon tour

je trouve un banc de sacs poubelles

poussés par le vent

et une plage de galets

perdue au milieu des déchets

pourtant, enivré  par le sable

je cours quand même jusqu’aux premières vagues

l’œil fixé sur l’horizon

et je me viande dans une flaque de goudron

et là, je vire franchement dérive

heureusement que tu me tires jusqu’à la rive

…

Après quoi je ne sais pas

on a marché droit devant

et traversé le monde

je ne sais pas vraiment

croisé la beauté  et l’immonde

pour retrouver hagard

mon goudron et mon trottoir

…

Etrange sentiment

j’ai tout de suite trouvé mon territoire

moins pourri qu’auparavant

avec des enfants qui jouaient

comme des enfants

avec des jouets comme des vrais

et des vieux qui baguenaudaient

sur la promenade des anglais

les murs gris étaient un peu moins gris

et des grands parlaient d’écologie

un peu dans le vent c’est vrai

mais ils tiraient des flèches en l’air

pour y planter des arcs en ciel

et ils disaient pour peut dresser des échelles

sur le toit du monde

pour le rendre un peu moins immonde

et qu’avec un peu d’imagination

on peut faire d’une zone une région

et du monde une nation

…

Alors moi j’ai pris mon pinceau

mon poème

je suis monté  sur la terrasse

et j’ai pris mon envol

j’ai tracé mes rêves, mes angoisses

sur les paraboles

et ça a donné  ça :

les cailloux d’un petit poucet à la masse

mais que quelqu’un ramassera…

michel narbonne

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Pouvoir de l’écologie

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L’abolition du travail

Travailler fatigue

la mort viendra et elle aura tes yeux

Ne serait-ce pas l’issue

le rêve sans secours

le souffle qui s’éteint

Ne serait-ce pas la dignité

perdue les journées sans

lumière cette tension ce choc

se retrouver sur le pavé

après trente ans de bons

et loyaux services

Le massacre des mains, des cerveaux

le massacre des hommes, de leur âme

un manager sur un transat, de très loin

en a décidé

Il regarde les palmiers, la plage

le scintillement de son cigarillo

Ils regardent la rue, perdus, hagards

Ils n’osent rentrer chez eux, leur amour

ne comprendrait pas leur silence, leur honte

Les boucles blondes des enfants se faneraient

s’étioleraient comme gerbes coupées trop tôt

L’enfer c’est les autres, c’est ailleurs

ce sont eux, aujourd’hui, leurs gestes

morts, inutiles, le néant sous leurs pieds

La marche était belle pourtant, ils y ont cru

ils ont donné  de la sueur, du sang, de la matière grise

ils ont aimé, travaillé, pansé leurs plaies, leurs blessures

appris, bâti, grandi, joué avec la vie, son écho

sa durée

Sous la férule de la mondialisation galopante

ils seront demain sans logis, sans feu

pareils à ces émigrés qui s’inventent

des rêves, sur les planches pourries

d’un radeau, et coulent entre les vagues

hurlantes

quand des Golden Boys déboussolés

viennent coucher leurs têtes sous des échafauds

de pacotille

tandis qu’une femme, solitaire, cache

dans son porte-monnaie, trois petites pièces

rouges, trois pétales

qui la frappent en plein cœur.

Jeanine Baude

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