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les textes

Couleurs femmes

Comment dire en dix mots l’éventail, la palette

Des couleurs qu’en ce jour vous mettez à la fête

Et dont vous vous parez pour exceller, Mesdames,

Couleurs Femmes

Depuis la nuit des jours, en toute latitude

Vous parez votre corps, coutume ou habitude,

Où vous montrez vos cœurs, où vous cachez vos âmes

Couleurs dames

Tu t’appelles Carmen et tu vis à Séville,

Ta robe qui tournoie est rouge comme sang

Et par l’or du soleil, tu séduis qui t’enflamme :

Couleurs flammes

Tu es née au Mali, survis en Haïti

Et ton quartier s’appelle un pauvre bidonville ;

Ta vie n’a que le noir et le gris pour ses trames :

Couleurs drames

Perle de l’Orient, tu n’es que marchandise,

La couleur de ton corps a le goût des devises ;

Esclave ou maltraitée en des trafics infâmes :

Couleurs blâmes

Comment ne pas chanter ce noir dessin de khôl

Qui ennoblit tes yeux ? Sans oublier la geôle

Où vit, dans sa burqa, la prisonnière afghane :

Couleurs qui fanent

Couleurs d’ici, d’ailleurs, ou couleurs d’un sourire

Qui parcourt l’univers pour broder son empire

Comme un bel arc-en-ciel tendu en oriflamme :

Couleurs femmes


Armand BEMER – LORRAINE – 3 février 2010

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Femmes couleurs

Cœurs de dames
Dames de cœur
Couleurs d’âmes
Couleurs dames
Couleurs femmes.

Armand BEMER LORRAINE – 2010

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Chant à l’Humanité

Il y avait des champs de blé

Ensemencés de coquelicots

Chantant un été effacé depuis longtemps.

Il y avait des oiseaux mordorés

S’élançant dans un céruléen bleu ciel

Parsemé de flocons de pollen évanescents,

Que les abeilles cueillaient au cœur des fleurs.

Il y avait aussi l’odeur riche de l’humus

Digérant les feuilles tombées

Du précédent automne doré

Et le parfum de l’herbe fraiche fauchée.

Des libellules irisées dansaient

Sur les étangs ombragés.

Les papillons en pagaille d’arc en ciel

Oubliaient le temps qui passe,

Drogués de leurs extases existentielles.

O rêve ! O passé perdu à jamais !

Je marche tête baissée

Sur les trottoirs sales

De nos villes civilisées.

Le ciel est mangé de grisaille

Comme les murs de nos cages prisons

Où nous nous entassons,

Ames de misère sans âme.

Gris est mon cœur,

Effrité, pierre et sable,

Dont la sève à séché.

Cette fleur de sang s’est éteinte,

Lasse de crier la vie

En cet enfer de métal, de béton et de bruit.

Foule noire, flot de corps, de faces peintes

Coulant tel un fleuve de rage contenue,

Folie des vagues aveugles piétinant la chaussée,

Pour arriver à une destination encagée.

Regards d’absence,

Regards de colère,

Regards de verre.

Faim de toujours plus,

Insatiable poussée,

Gouffre des désirs

Inassouvis, jamais.

Au centre de leur moi,

Une faille plus noire

Que l’enfer se nourrissant de lui-même.

Je vois des petits d’homme

Aux yeux fatigués,

Déjà éteints de la peine d’âme,

Tirés par leurs parents dans la circulation,

Empoisonnés par les nuages de pollution.

Ils toussent, ces pales rejetons

Nourris aux gènes manipulés

Sur une terre à l’agonie.

Déserts salés,

Sol craquelé,

Acide en pluie,

Et bulles jolies

De méthane éclatent

A la surface des eaux.

A l’horizon nappé de CO2

Couchés de soleil si beaux.

Il n’y a plus de blanc sur la planète,

Les glaciers ont tous fondu,

Les forêts vertes ont disparu.

J’ai cru voir un oiseau passer

Dans l’obscur dessin du ciel.

C’est un plastique au rouge joyeux

Jeté au vent par des enfants heureux.

Heureux, sont-ils.

Ils trouvent de nombreux trésors

Dans les décharges ou s’empilent

Des objets à peine usés.

A main nues, petits et grands

Fouillent et rient de leurs trouvailles

Que les nantis jettent en pagaille.

Ces pauvres découvrent enfouis sous des déchets

La manne du jour de leurs envies

Qui prolongera d’autant leur vie

Et leurs pales amours télévisés.

O terre perdue et dévastée !

La planète devient carbone.

Ce sombre diamant malade de l’homme

Brulé par les toxines des peuples

Qui réclament d’une seule voix

Encore plus de biens au choix!

Encore plus d’enfants, soyons multipliés !

Qu’importe l’avenir,

Qu’importent nos descendants,

Qu’importe la terre et sa fragilité,

Et ses forets et ses étés.

Vivons l’heure, le moment, l’instant présent.

Tel un ventre géant,

Cet appétit dévore le monde

Car le bonheur est dans l’oubli

Trouvé au gouffre des désirs.

Le repos enfin après la frénésie

De cette répétitive ronde.

Désir final caché dans notre subconscient,

La haine de vie porte le masque de nos plaisirs.

O peur ! qui enfonce ses racines

Dans les secrets de l’être.

O vie ! elle est éteinte la flamme de l’espoir.

O mort ! Emporte au soir des millénaires

Ces restes méprisés

Qui avaient pour nom humanité.

Adieu, regard rempli d’étoiles de rêve.

Adieu courages, tendresses et joies.

Leur souvenir passe comme une plume légère

Sur les vertes prairies du passé de la terre.

Adieu, élan passionné

Vers un absolu jamais atteint

Et pourtant conquis aux jours lointains

Dans les abysses du cœur et de l’esprit immortel.

Dans ce magnifique royaume vert et bleu

Nous avons cru être les rois.

Nous avons tout perdu,

Et du ciel il pleut des larmes mortelles.

Je suis Cela disait le sage.

Je ne suis plus rien murmure le vent,

Qui efface les dernières traces

Des êtres disparus depuis longtemps

Et caresse de son toucher léger

Les montagnes stériles d’une tombe,

Qui a été l’incarnation de la beauté

Dans une galaxie spirale, qui fut notre monde.

Hélène Champaloux

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Tu seras un homme mon fils…

Je sais, des horreurs tu en prends plein les images

Et, chaque jour des misères presque ordinaires

Apparaissent comme des mirages de pauvres faits-divers

Qui ne méritent pas la une des journaux

Qu’on jette négligemment dans les poubelles du métro…

C’est d’une de ces  misères-là dont je veux te parler aujourd’hui

S’il te plait assieds-toi et pose ton MP3

Donne-moi deux minutes seulement de ton temps

Pour te parler d’un côté de la vie dont on ne parle pas souvent…

Je veux te parler, mon cher fils, d’une violence infâme

De la violence faite aux femmes.

Cette violence que la plupart du temps on ne voit pas…

S’il te plait ne te lève pas ! pas maintenant, écoute-moi !

Tu sais que je ne suis pas une leçon de morale

Alors écoute-moi pour cette fois !

Pas évident je sais, et pourquoi surtout aujourd’hui ?

Tout à l’heure tu comprendras…

C’est cette violence-là, la plupart du temps

Qu’on n’entend pas, qu’on ne dit pas :

La faute à pas de chance ! tout est dit

Et  c’est comme ça !

Même que parfois les nanas ne sont pas aussi innocentes que ça…

Cette violence, confinée au foyer

C’est la honte des femmes elles-mêmes

De s’être laissé abuser par un mariage de conte de fées.

Mais même les princes charmants

Peuvent parfois se laisser emporter !

Et on se laisse convaincre que c’est la dernière pinte

Qu’un bouquet de fleurs, un pardon

Que la faute au malheur et que la même chanson…

Tu seras bientôt un homme mon fils

Je veux te raconter cette trop longue histoire triste

Qui a fait des femmes des corps  meurtris

Coupables du privilège de donner la vie !

Je sais ça paraît dingue comme ça

Mais y’a des choses qu’on ne s’explique pas

Et chaque mois, la régulation-même du cycle de la fécondité

A été considéré  comme une impureté ou une pollution !

Une pure invention sortie de la tête des hommes ?

Ça paraît tellement débile qu’on n’y croit pas

Et pourtant c’est comme ça !

Et le reste qui suit :

Le mâle qui se méfie de la nature féminine

Au point d’enfermer les gamines

Pour « protéger » leur sacrée virginité !

Et c’est comme ça qu’une moitié de l’humanité

De toute éternité

S’est  méfié de l’autre moitié

Sans se demander ce qui ne colle pas…

Et quand ça ne suffit pas

La méfiance rime avec la violence !

Cette trop longue histoire des femmes

Est aussi celle des punitions

Et des  violations des droits les plus élémentaires

De tout être vivant…

Epouse, mère et célibataire

A la fin de la guerre

La femme est devenue la putain du soldat

Qu’on jette par terre

Après emploi.

A Troie, en Bosnie, au Rwanda

Tous ces butins survivants mais sans voix

S »abandonnent au désert, à la solitude…

L’habitude, mon gars, c’est l’habitude !

Une habitude d’autant plus délirante

Que c’est comme ça, par la beauté violée

Que les soldats croient prendre leur pied…

Tu seras bientôt un homme mon fils

Et si je t’emmerde avec mes conneries

De vieux bonhomme aigri

C’est que je souhaite que mon fils que j’aime

N’ait plus le même regard sur la fille d’à côté

Et son oeil au beurre noir

Et qu’ensemble on cesse d’ignorer les tournantes dans la cité

Et surtout… je voulais t’expliquer

Pourquoi  ça fait dix ans aujourd’hui

Que ta mère a décidé  de nous quitter

Sans avoir délibérément choisi d’abandonner son enfant…

Ça fait si longtemps et je n’ai rien oublié

De nos derniers instants si violents…

Tu seras bientôt un homme mon fils

Et j’aimerais tellement

Que tu voies le corps des femmes autrement

Que celui que j’ai connu quand j’étais adolescent

Que tu puisses les approcher comme ce qu’elles sont vraiment

Dans leur corps et dans leur âme de femmes

Loin des clichés de la publicité

Et ces viols simulés sur le Net

Que je suspecte de n’être pas toujours simulés…

Alors peut-être, avec ce nouveau regard de découverte

Ce regard neuf

Tu pourras fonder avec un être différent de ce que tu es

Une relation de confiance, fondée sur le respect

Et, loin de toute défiance,

Vous vous mettrez peut-être à parler d’amour

Et même que ça pourra rimer avec toujours…

Alors, grâce à ce respect

J’ai l’espoir de penser que  tu seras devenu un homme mon fils

Un vrai de vrai !

Michel Narbonne
archeo-surrealisme.com

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Les Hôtes

J’appelle ma terre

ce village prodigue en sourires d’enfants,

la tente où j’ai bu le thé vert,

la baie qui vit partager une maigre pêche.

J’ai dormi dans le hamac tendu pour moi

entre les tamarins

et sur la paillasse de bouzak1

au bivouac des bouviers.

Ils m’ont offert le riz rouge

avec ses brèdes amères,

ils m’ont enseigné

à recueillir l’eau du ravinal2.

J’appelle sœur

la vendeuse qui m’offrit en riant

sa goyave au marché.

J’appelle frère

le vieux noble à turban tendant son narguilé.

Je suis chez moi

quand le balafon appelle à  la fête

le shofar à la prière

et l’oud à l’amour.

J’aime arpenter toute terre

où l’on appelle l’étranger

« celui-qui-va-devenir-un-ami3 ».

Jean-François HÉROUARD

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