Il y avait des champs de blé
Ensemencés de coquelicots
Chantant un été effacé depuis longtemps.
Il y avait des oiseaux mordorés
S’élançant dans un céruléen bleu ciel
Parsemé de flocons de pollen évanescents,
Que les abeilles cueillaient au cœur des fleurs.
Il y avait aussi l’odeur riche de l’humus
Digérant les feuilles tombées
Du précédent automne doré
Et le parfum de l’herbe fraiche fauchée.
Des libellules irisées dansaient
Sur les étangs ombragés.
Les papillons en pagaille d’arc en ciel
Oubliaient le temps qui passe,
Drogués de leurs extases existentielles.
O rêve ! O passé perdu à jamais !
Je marche tête baissée
Sur les trottoirs sales
De nos villes civilisées.
Le ciel est mangé de grisaille
Comme les murs de nos cages prisons
Où nous nous entassons,
Ames de misère sans âme.
Gris est mon cœur,
Effrité, pierre et sable,
Dont la sève à séché.
Cette fleur de sang s’est éteinte,
Lasse de crier la vie
En cet enfer de métal, de béton et de bruit.
Foule noire, flot de corps, de faces peintes
Coulant tel un fleuve de rage contenue,
Folie des vagues aveugles piétinant la chaussée,
Pour arriver à une destination encagée.
Regards d’absence,
Regards de colère,
Regards de verre.
Faim de toujours plus,
Insatiable poussée,
Gouffre des désirs
Inassouvis, jamais.
Au centre de leur moi,
Une faille plus noire
Que l’enfer se nourrissant de lui-même.
Je vois des petits d’homme
Aux yeux fatigués,
Déjà éteints de la peine d’âme,
Tirés par leurs parents dans la circulation,
Empoisonnés par les nuages de pollution.
Ils toussent, ces pales rejetons
Nourris aux gènes manipulés
Sur une terre à l’agonie.
Déserts salés,
Sol craquelé,
Acide en pluie,
Et bulles jolies
De méthane éclatent
A la surface des eaux.
A l’horizon nappé de CO2
Couchés de soleil si beaux.
Il n’y a plus de blanc sur la planète,
Les glaciers ont tous fondu,
Les forêts vertes ont disparu.
J’ai cru voir un oiseau passer
Dans l’obscur dessin du ciel.
C’est un plastique au rouge joyeux
Jeté au vent par des enfants heureux.
Heureux, sont-ils.
Ils trouvent de nombreux trésors
Dans les décharges ou s’empilent
Des objets à peine usés.
A main nues, petits et grands
Fouillent et rient de leurs trouvailles
Que les nantis jettent en pagaille.
Ces pauvres découvrent enfouis sous des déchets
La manne du jour de leurs envies
Qui prolongera d’autant leur vie
Et leurs pales amours télévisés.
O terre perdue et dévastée !
La planète devient carbone.
Ce sombre diamant malade de l’homme
Brulé par les toxines des peuples
Qui réclament d’une seule voix
Encore plus de biens au choix!
Encore plus d’enfants, soyons multipliés !
Qu’importe l’avenir,
Qu’importent nos descendants,
Qu’importe la terre et sa fragilité,
Et ses forets et ses étés.
Vivons l’heure, le moment, l’instant présent.
Tel un ventre géant,
Cet appétit dévore le monde
Car le bonheur est dans l’oubli
Trouvé au gouffre des désirs.
Le repos enfin après la frénésie
De cette répétitive ronde.
Désir final caché dans notre subconscient,
La haine de vie porte le masque de nos plaisirs.
O peur ! qui enfonce ses racines
Dans les secrets de l’être.
O vie ! elle est éteinte la flamme de l’espoir.
O mort ! Emporte au soir des millénaires
Ces restes méprisés
Qui avaient pour nom humanité.
Adieu, regard rempli d’étoiles de rêve.
Adieu courages, tendresses et joies.
Leur souvenir passe comme une plume légère
Sur les vertes prairies du passé de la terre.
Adieu, élan passionné
Vers un absolu jamais atteint
Et pourtant conquis aux jours lointains
Dans les abysses du cœur et de l’esprit immortel.
Dans ce magnifique royaume vert et bleu
Nous avons cru être les rois.
Nous avons tout perdu,
Et du ciel il pleut des larmes mortelles.
Je suis Cela disait le sage.
Je ne suis plus rien murmure le vent,
Qui efface les dernières traces
Des êtres disparus depuis longtemps
Et caresse de son toucher léger
Les montagnes stériles d’une tombe,
Qui a été l’incarnation de la beauté
Dans une galaxie spirale, qui fut notre monde.
Hélène Champaloux